J’adore ce tournoi ! Il pue le hockey ! Tout comme ce pays, ses habitants, sa patinoire et ses vestiaires.

Pas de nanani-nanana, les joueurs et joueuses s’équipent, montent dans une luge aux composants nécessaires pour jouer et c’est parti. Quel que soit l’âge, la forme physique et le nombre de bières avalées.

C’est donc avec joie que j’ai reçu ma convocation en équipe de France de para hockey sur glace pour ces premiers matchs de la saison 2026-2027.

Le logo du club Parahokej Olomouc : un coq rouge casqué, crosse de hockey à la main sur sa luge, dans un écusson noir et rouge bordé d'or, surmonté du nom du club
©SOHOSportovniOrganizaceHandicapovanychOlomouc

La compo

Le staff reste stable. Seul Maxime, coach gardiens, manque à l’appel. David Lemetais, Arnaud Gelabert et Anne-Lise Robin ont une nouvelle fois répondu présents. Alison Obre, Luc Mainfray et Sébastien Richard s’ancrent dans les fondations de ce collectif de par la qualité de leur travail. Stéphane De Rycke, médecin emblématique de la FFHG, rassure les troupes par sa présence.

Côté joueurs, première compétition avec le Collectif pour le Québécois Aurélien Bucquet, le gardien cléonnais Thomas Vieulles et le Marseillais Ludovic Pascal. La moyenne d’âge baisse de 1,7 an.

La convocation officielle au tournoi d'Olomouc
©FFHG

Le voyage

Tout le monde est convoqué en fin de matinée du jeudi 27 août au Terminal 2F de l’aéroport Charles-de-Gaulle. Le vol n’est qu’à 15h35 mais les déplacements en avion prennent du temps en collectif, encore plus en équipe de hockey et plus encore en équipe de para hockey. Nous accueillons dans nos sacs personnels nos futurs gants et casques ainsi que les dotations vestimentaires pour ceux qui en étaient dépourvus.

L’enregistrement nécessite un étiquetage des fauteuils que nous souhaitons utiliser jusqu’à la porte de l’avion, et à sa sortie à l’arrivée. La fouille prend plus de temps, nos différents appareillages sont très contrôlés. Et enfin les embarquements sont à anticiper car, même si la plupart peuvent atteindre leur siège en autonomie, certains ont besoin d’une assistance. Le décollage a lieu avec du retard et nous atterrissons à Vienne à 19h30. Un bus nous attend pour 3h de route jusqu’à Olomouc, en Tchéquie.

Nous ne partageons pas le bus avec une autre équipe cette fois, car elles ont plutôt choisi Cracovie. Olomouc offre une situation centrale vis-à-vis des aéroports de Prague, Vienne et Cracovie. Les choix se font en fonction des horaires et des tarifs des vols. Nous arrivons enfin à l’hôtel à 23h30.

L’hôtel Flora est vraiment un chouette établissement. Luxueux, de très bons repas (le petit déjeuner peut être gargantuesque) et sa situation géographique est parfaite pour nous. Un magnifique parc est situé juste en face et fait partie du chemin pédestre pour se rendre à la patinoire, qui est à 750 mètres. Un bus tourne un peu toute la journée pour les mal-marchants et les fatigués.

Programme

Deux poules. Les Eagles du Sud-Tyrol, Olomouc, la Finlande et l’Autriche d’un côté. Le Kazakhstan, l’équipe allemande de Dresden, les juniors tchèques et nous, l’équipe de France, de l’autre. Les matchs sont en deux fois quinze minutes, temps filant. Les bancs ne sont pas aménagés, donc les joueurs au repos restent sur la glace. Dès que le palet approche de ce banc, jouable ou non, le jeu est arrêté. À l’issue des matchs de poules, les deux derniers rencontrent leur vis-à-vis, les autres se croisent dans un ordre que je n’ai pas bien retenu. Premier contre troisième, je crois. Un match le vendredi soir, deux le samedi, un ou deux le dimanche.

Les deux poules de l'Olomouc Cup 2026 : groupe A avec les South Tyrol Eagles, la Finlande, Para hokej Olomouc et l'Autriche ; groupe B avec l'équipe de France, le Kazakhstan, Para Hockey Dresden et les juniors tchèques
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Vendredi

Au petit matin, Arnaud nous emmène dans le parc pour réveiller notre corps et déverrouiller les stigmates du transport de la veille. Petit déjeuner, puis le premier meeting du tournoi. David nous parle du programme de ce tournoi et de nos échéances à venir. Il définit les objectifs qualitatifs. Réveil pour nos luges également, qui étaient « compressées » dans nos sacs pour en limiter le nombre.

Déjeuner. Dans une grande salle à l’arrière du restaurant cette fois. Plus besoin, pour la tradition équipe de France, de tout chambouler pour manger tous ensemble, en « famille ». Comme d’habitude, tout le monde doit être servi pour qu’on puisse commencer. Mais cette fois, la formule buffet facilite ce rituel et les régimes spéciaux sont bien et vite servis.

Un peu de repos ensuite pour la plupart. Quelques soins musculaires pour certains et, à tour de rôle, test SCAT6 pour tous. C’est un test qui permet de connaître le niveau d’une éventuelle commotion cérébrale. Il convient d’en avoir fait avant l’accident pour connaître notre niveau « en bonne santé ». Beaucoup de réflexion et de logique dans ce test, nous ne sommes pas tous au même niveau dès le départ.

Nouveau meeting pour les ambitions du premier match contre le Kazakhstan, puis chemin vers la patinoire. Installation dans les vestiaires, échauffement hors glace en commun et c’est parti.

France – Kazakhstan

J’ai des ambitions pour ce match. Je pense que c’est l’adversaire que nous avons le plus rencontré, c’est une bonne unité de mesure de notre évolution.

Les lignes évoluent un peu mais les temps de jeu sont équivalents pour les membres de l’équipe, sauf pour Florian et Tony, présents sur la glace mais pas prévus dans le temps de jeu. Thomas, notre nouveau gardien, commence la partie. Laurent finira. Je défends avec Rudy et nos attaquants sont Franck au centre, Florentin à gauche et Adrien à droite. Je connais bien ces joueurs passés par Rennes, je suis content de jouer avec eux. Aurélien et Ludovic pour l’autre défense. Nicolas, Roland et Jeremy en attaque.

Très vite ça dérape. Sur un engagement en défense, je me retrouve avec l’autre ligne d’attaque. Le manque de lucidité est toujours présent sur les rôles de chacun sur ces phases pourtant classiques, et aucune explosivité n’est injectée au lâcher de palet. L’ailier adverse, devant le but, balaye d’une main son vis-à-vis juste par son envie, et score.

La peur de mal faire, voire la panique d’échouer, et les lacunes physiques vont faire le reste. C’est un échec. Le score est habituel une nouvelle fois contre cette équipe qui a progressé encore plus que nous. C’est un vrai coup dur pour moi qui attendais ce match mètre-étalon, même si je n’ai pas rendu une mauvaise copie grâce à mes progrès techniques personnels et mes 9 kilos de moins. Mais je me couche abattu.

Le capitaine kazakh en maillot bleu, le C sur la poitrine, éjecté de sa luge et couché sur la glace, tenu contre la bande par un joueur français en blanc
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France – Dresden

Cette équipe est en sous-effectif mais principalement composée de joueurs de l’équipe qui a terminé 5e aux derniers Jeux paralympiques !

Je me suis réveillé tôt, j’ai très bien dormi, ce qui est inhabituel loin de ma conjointe et de mon lit. J’ai réussi à retourner le mood de la veille, et une balade solitaire matinale autour de l’hôtel m’aide à me relancer vers l’avant.

Le résultat est attendu, mais le souhait de fournir une meilleure prestation que la veille est collectif. Florian et Tony sont réintégrés aux rotations et certains postes sont triplés. Le message est clair.

Avant l’engagement, je demande à l’équipe de prendre des risques, de provoquer l’échec. Un échec assumé et non un échec subi. Celui que tu peux analyser et corriger. Ce tournoi de préparation est là pour ça. Les erreurs que nous ferons ce jour, nous ne les ferons plus aux matchs suivants si nous en sommes à l’initiative. Les contacts sont plus virils, on y met plus d’intensité, l’état d’esprit du groupe a changé. Comme quoi, au pied du précipice, on se débat plus, on prend plus de risques pour survivre, pour gagner.

Très compliqué de retenir Felix Schrader lien vers son interview, auteur d’un quadruplé lors de leur match de classement aux Jeux paralympiques contre la Slovaquie, et ses coéquipiers. Jan Malte Brelage fait le taf à l’arrière et Leopold Reimann nous malmène en défense par ses impacts. Des joueurs de grande qualité, qui remportent la partie sans surprise.

La prise de conscience fait du bien. Les changements de ligne et le cri d’alerte d’Aurélien la veille ont réveillé les cerveaux.

Duel le long de la bande : un joueur français en maillot blanc et un joueur de Dresden en maillot bleu nuit, luges emboîtées, se disputent le palet crosse contre crosse
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France – Juniors tchèques

Le travail tchèque avec les joueurs du plus jeune âge est remarquable et leur avenir est assuré. À chaque fois, nous sommes déroutés par la qualité de jeu et le physique de joueurs qui ont l’âge de mes enfants. Les plus grands glissent partout et ont déjà une parfaite maîtrise du palet, des positionnements et des tactiques. On leur donne les bases au berceau, dans un pays où le hockey est dans la culture.

On résiste plus qu’habituellement ; la génération d’en face est peut-être moins forte, faut dire. Nous avons vu passer les vagues des joueurs maintenant au plus haut niveau mondial, et nous avons peut-être un peu progressé. Mais le score final est toujours en notre défaveur. Nous avons des difficultés à sortir de chez nous et sommes étouffés dès la bleue adverse passée. Nous manquons de patience. Nous préférons nous débarrasser du palet plutôt que d’assumer une perte. Toujours cette gestion de l’échec. Est-ce français ?

Nous terminons donc bons derniers de cette poule, nous n’aurons qu’un match le dimanche. Perte concrète de prise d’expérience.

Le Tchèque Kaloč, numéro 11 en maillot rouge, attaque le but français : je lui barre la route au premier plan, numéro 2 et le A sur le maillot blanc, pendant que le gardien se couche en travers de sa cage
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France – Autriche

Nous retrouvons donc l’Autriche au fin fond du classement. Nous connaissons bien cette équipe. C’est la première que nous ayons battue, dans ce même tournoi, en 2022.

Nous prenons comme eux rouste sur rouste sur la scène internationale, mais je trouve que nous nous débattons, nous tâchons de progresser. Toujours très rigoureux dans les temps de travail. L’Autriche, non.

Les Autrichiens ont décidé d’ajouter la dimension physique à ce match, mais par les poings. Dès les premiers contacts on sent les poings en avant, l’envie de frapper le bonhomme avant tout autre chose. Ça se confirme avec une grosse altercation suite à un léger contact du très violent Florian. Un de leurs joueurs décide alors de s’occuper de toute l’équipe. Il est exclu du match. Nous prenons quelques minutes mais rien de grave.

Florentin, Franck, Nicolas et moi scorons. Aurélien, deux fois. Un rebond mal anticipé empêche Thomas de blanchir la feuille. Cette expérience rappelle que nous avons tous du travail de remise en concentration à mettre en place après un événement.

Les Italiens remportent le tournoi. Leur rapidité d’attaque et un très grand gardien slovaque, prêté pour l’occasion, leur permettent de maîtriser le club hôte, pourtant porté par un grand Martin Žižlavský lien vers son interview toujours en progression.

L'altercation devant le but : l'Autrichien Siess, numéro 34 en maillot rouge, aux prises avec des joueurs français en blanc dont Cruchet, numéro 19, luges emmêlées sur la glace, pendant que l'arbitre se penche sur la mêlée
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Bilan

Nous quittons l’hôtel tôt le lundi matin pour arriver à Paris en début d’après-midi. 3h de route avec mon acolyte Adrien et je retrouve ma famille.

Les choses avancent, tout progresse un peu. Et nous aimerions parfois avoir fait en 5 ans le chemin de 10. Et nous sommes quelques-uns à mettre tellement d’énergie, de temps, d’argent et d’envie dans le projet, qu’il est souvent frustrant de ne pas récupérer l’investissement.

Mais gagner des matchs est-il le bénéfice attendu ? Personnellement, j’aime à me rappeler que tout ça n’a qu’un but : ne pas partir à 66 ans comme mon papa, et profiter le plus longtemps possible de mes proches. Et ça, ça paye déjà. Je suis plus rigoureux dans mon organisation, je gère mieux mes émotions, je prends plus soin de ma santé. Je deviens un meilleur moi. Tant mieux si ça nous emmène aux Jeux de 2030.

Sur ma luge en maillot blanc de l'équipe de France, le A d'assistant capitaine sur la poitrine, penché le long de la bande pour pousser le palet du bout de ma crosse
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Vous découvrez ce sport ? J’ai écrit le guide du para hockey sur glace pour ça.